Delgres passe donc la seconde, trois ans
après Mo Jodi, un premier album qui avait su faire l’unanimité. Nom de
code : 4:00 AM. Quatre heures du matin, l’heure de réveil de bien des
ouvriers. L’heure des braves. Un réveil qu’il s’agira en ce qui nous concerne
de programmer au 12 mars 2021 pour découvrir ce nouvel album plus en profondeur.

Pour un peu, on serait tenté de dire que
Pascal Danae, Baptiste Brondy et Rafgee ont renfilé le bleu de chauffe, le bleu
de travail, à l’instar de ceux qu’ils arborent sur la vidéo de « 4 Ed
Maten », premier single lancé en éclaireur de ce nouvel album. Une vidéo
tournée sur les docks du Havre, là même où, en 1958, le père de Pascal avait
posé son premier pied en métropole après avoir quitté ses Antilles chéries.

 

A plus d’un titre, « 4 Ed Maten »
donne le ton de ce nouvel album, au-delà de lui inspirer son nom. Il énonce en
effet une volonté de Pascal Danae de développer des thématiques très
personnelles, pour ne pas dire autobiographiques : les difficultés d’un
père donc découvrant un nouvel univers si éloigné du sien, la douleur d’une
mère confrontée à la disparition d’un enfant (le grand frère de Pascal disparu
dans un accident de voiture) sur « Ké aw », l’incompréhension d’une sœur
confrontée au racisme du haut de ses dix ans sur « Sé mo la », la
séparation d’une famille suite au départ du père pour la métropole
« Aléas »…

 

D’aucuns pourraient s’étonner que Pascal
Danae ait eu à ce point besoin de s’exposer si délibérément, de replonger ainsi
dans son passé et celui de sa famille. Lui y voit un cheminement presque
naturel. « Je fais un peu ma propre thérapie avec tout ça, admet-il dans
un rire. Même si ce n’était pas aussi poussé en effet, c’était déjà présent sur
le premier album. Reconnecter avec Louis Delgres, héros oublié et sacrifié au
nom du combat pour la liberté et contre l’esclavage, retrouver une forme de
dignité en tant qu’Antillais qui a eu trop souvent le sentiment d’être un peu
comme un émigré invisible, ça tenait déjà de la même démarche. C’est cette
démarche qui est poursuivie ici, dans la continuité mais en prenant des routes
et des formes différentes. Mais toujours sur les bases et les principes qui ont
fondé le groupe, à savoir d’évoquer les choses de manière apaisée, d’accepter
d’en tirer quelque chose de positif et ensemble ».

 

4:00 AM ne s’en tient bien sûr pas là,
insufflé qu’il est d’autres thèmes plus généraux au moins aussi chers au
trio : le départ, l’exil, le déracinement, l’esclavage moderne qui en a
remplacé un autre… Une fois encore, le créole des mots se fait manifeste, tandis
que le son des guitares, le rythme des batteries et les souffles du sousaphone se
muent en caisses de résonance des douleurs, des espoirs comme des désespoirs.

 

Sur un de ses anciens logos, Delgres
rappelait deux dates-clés pour lui et ce qui le muait : Guadeloupe 1802,
Louisiane 1841. Il pourrait aisément en ajouter deux autres aujourd’hui :
Le Havre 1958, Paris 2021…

 

Il est 5 heures, Paris s’éveille ?
Delgres fait bien mieux ici que devancer l’appel.